Redécouverte d’un dessin d’Alonso Cano pour un projet de retable

Alonso Cano, Projet de grand retable, lavis à l’encre brune et sanguine, 1635–38, Musée Magnin, Dijon

Lorsque, dans le cadre de ses recherches pour la réalisation de son ouvrage El Inventario del Alcázar de Madrid de 1666 : Felipe IV y su colección artística, paru en 2016, une peinture emmena Ángel Rodríguez Rebollo à visiter le Musée Magnin de Dijon, il se saisit de cette occasion pour interroger ses collègues sur la présence éventuelle, dans leurs collections, de dessins espagnols. C’est ainsi que, parmi le maigre ensemble de seulement cinq œuvres qui lui fut présenté, l’historien de l’art redécouvrit un dessin d’Alonso Cano resté inaperçu jusqu’alors aux yeux de ses spécialistes.

Au-delà d’être, en soi, une œuvre remarquable de part ses vastes dimensions pour le medium – 650 x 198 mm – et la grande technicité de sa réalisation, ce dessin vient reconstituer, comme le démontre le chercheur de la Fundación Universitaria Española de Madrid dans le dernier numéro de Master Drawings (automne 2020), une œuvre une et entière de projet de grand retable qu’il formait originairement avec un autre dessin aujourd’hui conservé au Kunsthalle de Hambourg (illustration ci-dessous).

Suivant, entre autres indices, les éléments franciscains de son programme iconographique ainsi que sa date de réalisation, située probablement entre les années 1635 et 1638, le chercheur emprunte, dans l’approfondissement de la connaissance de ce dessin, la piste d’une œuvre possiblement effectuée à la commande de Manuel Alfonso Pérez de Guzmán y Silva, 8ème duc de Medina Sidonia, maison ducale aux connections franciscaines pour laquelle Alonso Cano réalisa, à partir de 1627, plusieurs œuvres, tel que le retable du couvent capucin de Sanlúcar de Barrameda, dans la province de Cadix. Bien que ce dernier a aujourd’hui disparu et qu’il fut commandé par le duc de Medina Sidonia 9ème du titre dans les dernières années de la décennie 1640, le format du chœur de l’édifice franciscain qui l’abritait coïncide avec celui du dessin de Dijon – et de Hambourg. Ces derniers pourraient avoir été réalisés dans le cadre d’un projet initié sous le patronat de Don Manuel et suspendu à la mort de ce dernier en 1636, deux années après avoir fondé le couvent, en une action de grâce pour s’être rétabli de divers troubles de santé, et l’avoir placé sous la protection de Saint Antoine de Padoue. Frère Antoine qu’Ángel Rodríguez Rebollo identifie comme étant le saint que portraiture la sculpture dessinée dans le haut gauche du grand projet de retable de Dijon.


Sources et approfondissements :