Zurbaran et Herrera el Viejo en charge de l’expertise de la collection de peintures du duc d’Alcalà 3ème du titre

Diego Velázquez, Christ dans la maison de Marthe et Marie (détail), 1618, huile sur toile, National Gallery, Londres

En 1641, les maîtres Francisco de Zurbarán (1598-1664) et Francisco de Herrera el Viejo (environ 1590-environ 1654) procédèrent, à la demande de la Real Audiencia de Séville, à l’estimation de l’ensemble des peintures, gravures, enluminures et dessins ayant appartenu au troisième duc d’Alcalá et conservé dans son palais de Séville. L’article que publie à ce sujet David Mallén Herráiz, de l’Université Complutense de Madrid, dans le dernier numéro de Goya : revista de arte, analyse le haut niveau de valeur de cette collection et tente de démontrer la connaissance qu’ont eue de ses pièces deux des peintres les plus représentatifs du baroque andalou. De plus, leur processus d’attribution des prix met en évidence l’application d’une série de critères pouvant offrir la possibilité de capter les considérations théoriques utilisées par les deux artistes.

Extraite de l’un des lignages nobiliaires les plus puissants d’Andalousie, la naissance de Fernando Afán Enríquez de Ribera y Téllez-Girón eut lieu à Séville en l’an 1583. Éduqué et formé dans le raffinement des cercles humanistes et littéraires proches de sa famille, don Fernando fit preuve avec précocité d’un très grand intérêt pour les arts et le collectionnisme. Cette passion l’accompagna tout au long de sa carrière politique.

Le 9 mai 1637, un mois seulement après sa mort, qui laissa aux Enríquez de Ribera une dette supérieure à 300 000 ducats, la Real Audiencia de la ville nomma des commissaires chargés de se rendre dans le palais du Duc, la Casa de Pilatos. Les inventaires des biens, qui devaient mener à la vente aux enchères de la collection, commencèrent. En mars 1641, l’institution judiciaire sévillane sollicita les artistes andalous les plus à même d’estimer les œuvres de la collection. C’est ainsi que Juan Martínez Montañés fut en charge des sculptures qui s’y trouvaient, tandis que le licenciado Rodrigo Caro s’occupa de l’évaluation des médailles et monnaies antiques et Francisco de Zurbarán et Francisco de Herrera el Viejo celle des nombreuses peintures et estampes.

Ces dernières comptaient parmi elles des productions d’artistes majeures tels que, pour n’en citer que quelques-uns, Dürer, Perugino, Bassano, Cavalier d’Arpino, Tiziano, Correggio, Gentileschi, Rubens, Pedro de Orrente, Vicente Carducho, Ribera ou bien encore Velázquez. De la main de ce dernier la collection du Duc possédait une scène de cuisine qui pourrait être celle se déroulant dans la maison de Marthe et Marie, visible dans la toile de la National Gallery de Londres, bien qu’aient également été évoquées celle apparaissant dans la Cène d’Emmaüs de la National Gallery of Ireland de Dublin et la possibilité d’une version perdue de ces œuvres.


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